Quand Richard Martineau rencontre White B : ce que cet échange dit vraiment du rap québécois
Tout D’abord, je ne sais rien. Ce ne sont que mes réflexions.
Je suis tombé sur cette entrevue d’environ quinze minutes entre White B et Richard Martineau après avoir vu circuler plusieurs extraits sur Instagram. L’échange fait suite à une chronique où Martineau décrivait le rappeur sous un sous-titre pour le moins chargé : « Un ex-pimp sur scène ». Forcément, ça pique la curiosité. On clique. On écoute. Et on regarde ce qui se passe quand un chroniqueur habitué aux formules tranchantes rencontre un artiste qu’on associe trop souvent à des clichés.
Et très vite, un détail accroche.
Dès le départ, Martineau présente l’artiste par son vrai nom, David Bouchard, plutôt que par son nom de scène. Un choix étonnant. On imagine mal ce réflexe avec Biz de Loco Locass, par exemple. Ce glissement n’est pas anodin : selon moi, il place la discussion sur le terrain du passé personnel avant même d’entrer dans l’univers artistique ou il veut nous laisser savoir que c’est un pti gars de chez nous qui s’associe avec tout ça et un arabe ou un magrhébin comme plusieurs semblent pensé .
La « formule sandwich »… puis la comparaison avec Julien Lacroix
Martineau enchaîne avec une mécanique bien connue : compliment, puis critique. Il souligne certaines qualités, puis ramène rapidement la conversation vers le passé criminel et va jusqu’à comparer White B à Julien Lacroix, en avançant que ce dernier n’aurait pas eu de deuxième chance, contrairement à White B.
Mais pendant que l’animateur construit son raisonnement, quelque chose d’autre se passe.
White B parle. Et il s’exprime extrêmement bien.
Il ne se justifie pas. Il n’essaie pas de réécrire l’histoire. **Il fait preuve d’un grand sens de responsabilité.** Il parle de sa famille, du soutien à sa mère, des moments difficiles qui ont influencé ses choix. Martineau semble étonné par la clarté, la vulnérabilité et la lucidité du discours.
Pourtant, quiconque écoute du rap sait que ce type de récit est omniprésent dans les albums hip-hop : le passé, les erreurs, la survie, la famille, le contexte. Cette conversation, on peut l’entendre sur disque depuis des décennies. Mais lorsqu’elle sort de la musique pour entrer dans un plateau médiatique, elle semble devenir « surprenante ».
Pourquoi le rap serait violent… mais pas le western ?
À un moment, Martineau pose la question : pourquoi le rap est-il si associé à la violence, mais pas le western (il voulait dire le country) ?
C’est presque ironique. Le western est un genre cinématographique entièrement bâti sur la violence. Mais cette violence-là est romantisée, mythifiée, patrimoniale. Celle du rap, elle, est suspecte, dérangeante, ramenée au réel, au criminel, au social.
Olivier, son collègue, ajoute qu’« un rappeur criminel, ça passe mieux qu’un humoriste criminel ». White B cherche ses mots. Martineau l’aide : « Un humoriste criminel, ça sort de l’ordinaire, versus un rappeur criminel. »
Il faut s’arrêter sur cette phrase.
Les deuxièmes chances : pour qui, exactement ?
Au Québec, plusieurs personnalités publiques ont bénéficié de retours en grâce, de secondes chances, parfois sans que leur passé ne soit constamment ramené à l’avant-plan.
On peut penser à :
Éric Lapointe ( voix de fait 2019)
Maripier Morin ( accusation d’harcèlement sexuel 2020)
Et justement, ramener Julien Lacroix dans cette discussion est révélateur. Dire qu’il n’a pas eu de deuxième chance demande qu’on rappelle aussi le contexte : il a fait face à des accusations publiques de harcèlement sexuel qui ont profondément marqué sa carrière médiatique.
Son nom est aussi intimement lié à Juste pour rire, organisation fondée par Gilbert Rozon, lui-même visé par de nombreuses accusations d’inconduites sexuelles et d’agressions qui ont secoué tout le milieu culturel québécois.
Ne pas rappeler ce contexte lorsqu’on compare son parcours à celui de White B, c’est omettre volontairement une partie importante du portrait.
Ici, pour White B, son passé semble indissociable de son identité médiatique. Comme si le rap, par défaut, rendait cette association plus « logique ». Comme si certains parcours étaient plus facilement pardonnables que d’autres.
Et c’est là que le sous-titre « Un ex-pimp sur scène » prend tout son sens. Il ne décrit pas seulement un passé. Il cadre la perception. Il relie subtilement : rap → criminalité → communautés racisées → Montréal « dangereux »
Les Hells Angels sont associés à quoi, eux ? Les mafieux italiens écoutent quelle musique, eux ?
Imaginez…
Imaginez si White B n’avait pas cette capacité à s’exprimer. Imaginez s’il s’était emporté. imaginez si il était une “elle” voilée. Imaginez s’il avait la peau plus foncée, des dreads.
L’entrevue aurait-elle été perçue de la même manière ?
Je ne pense pas que Richard Martineau soit raciste. Je pense plutôt qu’il est avare : avare d’attention, avare de sa position, avare de clics et peut-etre aussi avare de l’argent.
Car Il sait exactement quels angles maintiennent l’intérêt, la polémique, la popularité.
Ouin…
Encore une fois, je ne sais rien. Ce ne sont que mes réflexions. »